Dans le premier volet, on a vu pourquoi une direction juridique gagne à sortir de l’ombre, et comment Auchan a transformé une crise en méthode avec son Legal Booster.
Aujourd’hui, on s’attaque à un vieux malentendu : l’idée qu’un texte juridique clair serait un texte juridique affaibli. Aurélie et Julia ont fait exactement l’inverse et elles l’ont prouvé, chiffres et anecdotes à l’appui.
🎤 Mes invitées
Toujours Aurélie Loth, qui dirige le service marchés de la direction juridique d’APRR. Particularité : une société privée qui passe des marchés relevant de la commande publique donc des documents parmi les plus normés qui soient.
Et Julia Pelissier, juriste et référente conformité au CNOSF, qui devait déployer la loi Sapin 2 auprès de collègues déjà lassés d’entendre « on ne peut plus rien faire ».
Deux terrains opposés, une même question : comment faire adopter un contenu juridique par des gens qui ne sont pas juristes ?
🎯 Pourquoi cet épisode ?
On reproche souvent au legal design et au langage clair de « brader » le fond au profit de la forme. Aurélie répond à ça mieux que personne.
Le vrai risque juridique, ce n’est pas de simplifier une clause c’est de laisser en place des clauses que personne ne comprend et que chacun applique à sa façon.
Julia, elle, prend le problème par l’émotion. Un sujet qu’on subit passe mieux quand il est raconté avec un sourire. À condition de ne jamais oublier ce qu’il y a derrière le sourire : des règles, et des sanctions.
🏔️ Ce que nous avons exploré ensemble
Deux ans pour réécrire un cahier des clauses
Chez APRR, les irritants s’empilaient : des dérogations longues comme le bras, des phrases de dix lignes, dix pratiques différentes pour une même étape, un outil de rédaction vieux de quinze ans. Avec l’appui de la legal designer Sophie Lapisardie, l’équipe a tout repris au point qu’elle a failli lâcher aux deux tiers. Résultat : un seul cahier des clauses socle, homogène, et un vrai gain de temps pour tout le monde.
« La complexité nous rassure »
C’est le nœud du sujet. Le jargon nous protège, il nous donne l’impression de faire sérieux. Le legal design oblige à se poser des questions qu’on avait esquivées. Le tips le plus simple d’Aurélie, valable partout : dans un mail, donnez la réponse au début, l’explication après. On l’apprend à l’envers en fac de droit. L’opérationnel, lui, lit rarement jusqu’au bout.
Une agente secrète contre la corruption
Au CNOSF, la direction générale avait lancé un défi : présentez vos process, mais autrement. Julia s’en est emparée avec une vidéo décalée: une agente secrète, une mission confiée aux salariés, des « armes secrètes » (code de conduite, politique cadeau, gestion des conflits d’intérêts), et même une carte d’agent anticorruption distribuée à tout le monde. Tournée dans le studio MOOC interne, pour presque rien.
La preuve que ça marche : un post-it
Le détail qui dit tout : après la diffusion, les déclarations de cadeaux ont grimpé. Et un jour, Julia retrouve un colis offert à une collègue, avec un mot collé dessus : « Je suis agent anticorruption, aidez-moi, qu’est-ce que je fais de ça ? » Le message était passé. En riant.
Le fond, toujours le fond
Les deux le martèlent : le format change, le fond ne bouge pas.
Le point de départ n’est jamais « comment je fais joli », mais « pour qui j’écris ? ».
La première étape du legal design, c’est l’empathie. Penser à son persona avant de penser à sa clause. (Aurélie et ses deux collègues se sont d’ailleurs rebaptisées « les Hermione Granger des marchés ». Tout un programme.)
💬 Une réflexion qui m’a marqué
« Tant qu'on ne l'a pas testé, le legal design fait peur : il nous fait perdre nos repères de juriste. Mais en vrai, on prenait plus de risque juridique à ne rien faire qu'à rendre nos clauses claires. » Aurélie Loth
✅ Ce que vous allez retirer de cet épisode
Comment répondre à ceux qui pensent que « clair » veut dire « moins juridique »
Une méthode concrète pour réécrire un document normé sans perdre le fond
Le réflexe du mail qui change tout : la réponse d’abord, l’explication ensuite
Comment faire adhérer des opérationnels à un sujet conformité qu’ils subissent
Pourquoi l’humour, bien dosé, marque les esprits plus qu’une note de service
📚 Ressources utiles
🔗 Bénédicte de Mollerat du Jeu sur LinkedIn
🎙️ Aurélie Loth et Julia Pelissier, mes deux autres invitées, sur LinkedIn
🖼️ Sophie Lapisardi, avocate et experte Legal Design
🤖 Gino Legaltech, la solution d’automatisation retenue par APRR
Campagne “Clairement” de Malakoff Humanis
🚀 Et maintenant ?
Si ce volet vous a parlé, partagez le à un juriste ou un avocat convaincu qu’un contrat doit être illisible pour être solide.
Vous pouvez aussi me répondre directement à cet email pour me dire ce que vous en avez pensé. Je lis chaque message.
Dans le troisième et dernier volet, on prend de la hauteur : est-ce que tout ça change vraiment le regard de l’entreprise ? Comment on prouve qu’une direction juridique crée de la valeur ? Et faut-il gagner un prix pour que ça compte ? La réponse d’Aurélie, repartie sans trophée, vaut le détour.
À très vite. ⭐
Quentin
P.S. : « Pour qui j’écris ? » La réponse n’est jamais « pour moi ». C’est peut-être la seule règle de legal design qu’il faut retenir.










