40 % des Français ont du mal à trouver un avocat. En zone rurale, c’est plus d’un sur deux.
Derrière ces chiffres, il y a des gens qui renoncent à faire valoir leurs droits parce qu’ils ne savent pas à qui s’adresser. Qui repoussent une consultation par peur du coût. Qui cherchent des réponses sur ChatGPT faute de mieux.
Et de l’autre côté ?
Des avocats dont le salaire net médian tourne autour de 1 600 euros par mois. Qui enchaînent les semaines à 70 heures. Qui peinent à se rendre visibles auprès de ceux qui auraient besoin d’eux.
En discutant avec Raoul Delpech, j’ai compris une chose : le problème n’est ni du côté de l’offre ni du côté de la demande. Les deux existent. Ce qui manque, c’est le branchement entre les deux.
🎤 Mon invité
Raoul Delpech est co-fondateur de Juris-Power, une legaltech incubée par le Barreau de Paris. Mais Raoul n’est pas avocat. Il est juriste de formation, passé par une douzaine d’années dans la tech et plus précisément dans l’open source, chez Linagora, où il a été successivement juriste, directeur du consulting, puis responsable du support logiciel.
C’est là, avec son frère William, qu’il a eu l’idée de Juris-Power.
Parce qu’ils maîtrisaient les briques techniques. Parce qu’ils connaissaient les avocats de près. Et parce qu’un constat les frappait : l’offre et la demande en matière d’accès au droit existaient, mais rien ne les connectait correctement.
J’ai voulu comprendre comment un juriste passé par l’open source en arrive à construire une plateforme pour les avocats. Et ce que sa vision de l’innovation a de différent dans un marché legaltech en pleine ébullition.
🎯 Pourquoi cet épisode ?
Parce que l’accès au droit en France reste un angle mort. Les chiffres de l’Observatoire du CNB sont sans appel : la moitié des avocats exercent à Paris ou en Île-de-France, pendant que des pans entiers du territoire restent sous-dotés.
Ce déséquilibre crée une double impasse.
Des justiciables qui n’arrivent pas jusqu’à un avocat, et des avocats qui n’arrivent pas jusqu’à leurs clients. L’image d’une profession prestigieuse et richement rémunérée masque une réalité bien plus contrastée.
Raoul ne prétend pas résoudre tout ça avec une application. Mais il pose les bonnes questions : comment réduire l’écart entre la perception du métier et sa réalité ? Comment donner aux avocats les moyens de se développer sans les rendre captifs d’outils coûteux ? Et surtout, comment faire en sorte que la technologie serve la relation humaine au lieu de la remplacer ?
Ce sont ces questions et les réponses concrètes qu’il y apporte qui rendent cet épisode aussi dense.
🏔️ Ce que nous avons exploré ensemble
Juris-Power : connecter ceux qui cherchent et ceux qui exercent
Raoul présente Juris-Power comme un outil à double mission : accès au droit côté justiciable, développement économique côté avocat. La plateforme permet une mise en relation en visio, quasi instantanée, pour les situations urgentes. Côté avocat, elle propose des outils de gestion, de productivité, de transcription automatisée et d’analyse de l’activité. L’idée de fond : un avocat qui perd moins de temps sur l’administratif est un avocat plus disponible pour ses clients.
Préparer le justiciable sans remplacer l’avocat
L’un des partis pris forts de Juris-Power : ne jamais franchir la frontière du conseil juridique personnalisé. L’IA de la plateforme aide le justiciable à structurer sa situation, à identifier les pièces nécessaires, à comprendre les grandes étapes de son dossier. Elle ne donne pas de réponse juridique. Elle prépare le terrain pour que la première consultation soit efficace pour les deux parties. Raoul le résume bien : si quelqu’un veut un mauvais conseil, il peut aller sur une IA généraliste. Juris-Power fait le pari inverse.
L’IA comme bras droit, pas comme remplaçant
Raoul ne tourne pas autour du pot : un jour, les IA seront meilleures que nous. Il prend l’exemple des échecs avec Kasparov battu par Deep Blue, et vingt ans plus tard, un écart devenu incommensurable entre l’humain et la machine. Pour autant, sa conviction est claire : ce qui différencie un avocat, c’est le relationnel, la responsabilité, l’engagement personnel. L’IA doit servir ça, pas le court-circuiter. En consultation, Juris-Power peut rappeler à l’avocat en temps réel qu’il a déjà traité un dossier similaire, suggérer les bonnes questions, fouiller dans ses propres données de manière anonymisée. Un assistant, pas un substitut.
Un modèle économique qui refuse la captivité
C’est peut-être l’héritage de l’open source qui parle : Raoul et William ont construit Juris-Power sans abonnement obligatoire. Le socle de gestion est gratuit pour les avocats. Les frais ne s’appliquent que lorsque la plateforme apporte un haut niveau de valeur ajoutée, une mise en relation en visio, des fonctionnalités avancées d’IA. Côté justiciable, tout le parcours de préparation est gratuit. L’inspiration assumée, c’est Doctolib : une mission quasi de service public, financée par la valeur apportée et non par la captivité des utilisateurs.
Quand tout le monde peut innover, qu’est-ce qui fait la différence ?
C’est la question que j’ai posée à Raoul et sa réponse tranche avec le discours ambiant. Oui, aujourd’hui, n’importe qui peut prototyper un outil en quelques heures avec du vibe coding. Mais entre un prototype et une plateforme sécurisée, souveraine, conforme à la déontologie des avocats, il y a un monde. Pour Raoul, l’innovation ne se joue plus sur la capacité à créer vite. Elle se joue sur la confiance : sécurité des données, souveraineté (hébergement OVHcloud, partenariat avec Mistral), conformité déontologique. Et sur la capacité des institutions (CNB, barreaux, etc.) à jouer leur rôle de prescripteurs pour distinguer les solutions fiables du reste.
💬 Une réflexion qui m’a marqué
« L’accès au droit, comme l’accès aux soins, c’est le même combat. Il faut que ça puisse passer par une partie qui est complètement gratuite pour tout le monde. À partir de maintenant, vous n’êtes plus tout seul. Pour moi, c’est quelque chose de vraiment important. »
✅ Ce que tu vas retirer de cet épisode
Un état des lieux franc sur l’accès au droit en France et les chiffres qui montrent l’ampleur du décalage
Une compréhension concrète de ce que fait Juris-Power et surtout de ce qu’elle choisit de ne pas faire
Une vision de l’IA au service des avocats qui repose sur l’anonymisation, la souveraineté et la non-substitution
Un modèle économique legaltech original, inspiré de l’open source et de Doctolib
Une redéfinition de l’innovation quand la tech devient accessible à tous : ce qui compte, c’est la confiance
📚 Ressources utiles
🔗 Retrouver Raoul Delpech sur LinkedIn
🌐 Juris-Power — la plateforme
🔗 Retrouver Juris-Power sur LinkedIn
🚀 Et maintenant ?
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Tu peux aussi me répondre directement à cet email pour me dire ce que tu en as pensé. Je lis chaque message.
À très vite pour un nouvel épisode des Étoiles du Droit et de l’Innovation. ⭐
Quentin
P.S. : La route entre un justiciable et son avocat ne devrait jamais être un parcours du combattant. Raoul et William construisent un pont. Reste à savoir si la profession est prête à le traverser.










