Combien de directions juridiques connaissez-vous qui montent sur une scène pour raconter ce qu’elles font ?
Avant, j’en connaissais peu. Le juriste rend un avis, sécurise un contrat, éteint parfois un incendie et retourne dans son bureau. Discret. Souvent trop.
L’an dernier, j’étais dans le jury du Prix de l’innovation en management juridique du Village de la Justice. J’y ai vu des équipes juridiques faire l’inverse : se lever, pitcher, assumer. Trois d’entre elles ont accepté de remettre ça au micro. En discutant avec Bénédicte, Aurélie et Julia, j’ai compris que se rendre visible, pour une direction juridique, c’est déjà la moitié du travail.
🎤 Mes invitées
Pour cette mini-série, je reçois trois profils très différents.
Bénédicte de Mollerat du Jeu est responsable Legal Ops chez Auchan Retail. Trente ans dans la même maison, tous les postes ou presque, de l’assistanat au juridique jusqu’au Legal Ops. Son projet, le Legal Booster, a remporté deux prix cette année-là.
Aurélie Loth dirige le service marchés au sein de la direction juridique d’APRR (les autoroutes du groupe Eiffage). Une équipe pluridisciplinaire de juristes et de non-juristes. Elle a réécrit tout un cahier des clauses en legal design.
Julia Pélissier est juriste et référente conformité au Comité national olympique et sportif français. De nombreux salariés, un sujet réputé austère: la lutte contre la corruption. Julia et son équipé l’ont transformé en jeu. Prix du public.
Ce premier volet part de ce qu’elles ont en commun : le concours. Puis on ouvre le projet de Bénédicte.
🎯 Pourquoi cet épisode ?
Beaucoup de directions juridiques se plaignent d’être invisibles. Peu font le premier pas pour changer ça.
Candidater à un prix, ce n’est pas de la vanité. C’est s’arrêter, faire le point sur ce qu’on a accompli, et prendre le risque de le raconter à ses pairs. Comme le dit Bénédicte, c’est une façon de « faire d’une contrainte une opportunité ». La visibilité d’une direction juridique ne tombe pas du ciel : elle se décide, et elle commence par oser prendre la parole.
Et prendre la parole, pour un juriste, ça ne va pas de soi. On nous apprend à nuancer, à poser des réserves, à écrire « oui, mais ». Pas à pitcher.
🏔️ Ce que nous avons exploré ensemble
Le « plafond de verre » qu’on se met tout seul.
Aurélie le raconte sans détour : elle n’aurait jamais pensé à candidater. Pas par manque de fierté mais simplement parce que dans une fonction support, ça ne se fait pas. Autour d’elle, les ingénieurs concourent, jamais le juridique. Il a fallu que son directeur lui transmette l’annonce pour qu’elle réalise que rien ne l’interdisait.
Pitcher : contre nature, mais nécessaire
Deux tempéraments opposés se répondent. Bénédicte adore ça et s’entraîne en équipe (avec des collègues à la critique facile). Julia, elle, résume sa relation à la prise de parole d’une phrase : moins elle parle, mieux elle se porte. Le concours l’a forcée à en sortir et à comprendre qu’un métier support, s’il veut exister, doit apprendre à se vendre.
Le Legal Booster : transformer une crise en méthode
Chez Auchan, le point de départ n’est pas glorieux : un PSE, des acquisitions de magasins, une charge énorme, et aucune ressource supplémentaire à espérer. Plutôt que de subir, l’équipe a bâti une philosophie doublée d’une bibliothèque d’outils. IA quand elle sert, automatisation, mais surtout des process propres. Réplicable à chaque nouveau projet, co-construit avec les opérationnels, et toujours vivant aujourd’hui.
Dessiner avant d’automatiser
Le passage que je garde : brancher de l’automatisation sur un process bancal, c’est juste produire des erreurs plus vite. Avant tout outil, Bénédicte pose les flux au sens propre, elle dessine. Des cases, des flèches. On n’est pas là pour être Van Gogh, mais pour voir où on peut automatiser… et où il ne faut surtout pas.
💬 Une réflexion qui m’a marqué
« On venait de passer des mois difficiles. Et au final, on en est ressortis grandis. Une direction juridique beaucoup plus agile. C’est ça, le Legal Booster : faire d’une contrainte une opportunité. » Bénédicte de Mollerat du Jeu
✅ Ce que vous allez retirer de cet épisode
Pourquoi une direction juridique a tout intérêt à candidater à un prix, même sans le gagner
Comment dépasser le réflexe du « ça ne se fait pas » dans une fonction support
Ce que le pitch change dans la posture d’un juriste, y compris pour les plus réservés
La méthode Legal Booster pour absorber une surcharge sans budget ni recrutement
Pourquoi on dessine un process avant de poser le moindre outil
📚 Ressources utiles
🔗 Bénédicte de Mollerat du Jeu sur LinkedIn
🎙️ Aurélie Loth et Julia Pelissier, mes deux autres invitées, sur LinkedIn
🖼️ Sophie Lapisardi, avocate et experte Legal Design
🤖 Gino Legaltech, la solution d’automatisation retenue par APRR
🚀 Et maintenant ?
Si ce premier volet vous a parlé, partagez-le à une direction juridique qui reste dans l’ombre alors qu’elle aurait de belles choses à raconter.
Vous pouvez aussi me répondre directement à cet email pour me dire ce que vous en avez pensé. Je lis chaque message.
Dans le deuxième volet, on ouvre le capot de deux projets qui rendent le droit enfin lisible: le legal design d’Aurélie chez APRR, et la formation anticorruption de Julia, celle qui a fait rire tout le CNOSF.
À très vite pour la suite des Étoiles du Droit et de l’Innovation. ⭐
Quentin
P.S. : Une direction juridique ne fait jamais trop de bruit. Elle en fait pour toutes celles qui n’osent pas encore.










