Se former, c'est décider jusqu'où vous pouvez aller dans la pièce.
Dans le juridique comme ailleurs, les compétences ne suffisent plus. Ce qui change vraiment la donne, c'est ce que la formation vous permet de devenir.
Quand vous êtes-vous formés pour la dernière fois ?
Pas à une nouvelle réglementation ou sur une énième mise à niveau en droit social ou droit des sociétés. Pas non plus à un outil que la DSI a déployé un lundi matin sans vous prévenir.
Non, je parle d’une vraie formation, que vous avez choisi, sur un sujet que vous avez décidé d’explorer vous-même.
Et si je pousse un peu plus loin : avez-vous suivi une formation non-juridique au cours des deux dernières années ?
Soyez honnête, il n’y a aucun jugement. Je connais les réponses les plus fréquentes.
“Je n’ai pas le temps” ou “trop de dossiers qui n’attendent pas” ou encore “et franchement à quoi ça servirait vraiment ?”
C’est exactement ce qu’on va voir.
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Passons maintenant au sujet du jour.
Les juristes sont parmi les professionnels les mieux formés au moment d’entrer dans la vie active.
Combien d’années d’études avez-vous fait ? Cinq ans minimum sans doute. Peut être même plus. Avec sur votre parcours, des concours, des examens, des masters spécialisés et autres.
Et puis vous avez décroché un job.
Et la formation… euuu…plus grand-chose de ce côté là.
Pas par paresse (vous êtes juriste hein). Pas par désintérêt (vous êtes juriste hein). Mais souvent parce que le quotidien prend le dessus, que les dossiers s’accumulent, et qu’on finit par se dire que la formation, c’est pour ceux qui ont le temps. Ou pour ceux qui en ont vraiment besoin. C’est un peu un luxe que vous ne pouvez pas vous offrir.
Sauf que pendant ce temps-là, les choses changent autour de vous.
Les métiers évoluent. Les directions juridiques sont attendues sur des sujets qu’elles ne maîtrisaient pas il y a dix ans. L’IA, la data, le pilotage, la transformation. Et la compétence juridique seule, aussi solide soit-elle, ne suffit plus à occuper tout le terrain.
On confond formation et mise à jour
Que l’on soit clair, ce n’est pas le manque de volonté qui vous empêche de vous former.
En revanche, beaucoup de juristes ou avocats ont une représentation trop étroite de ce que la formation est censée apporter. Et c’est là que ce situe le frein.
Car quand je vous dis formation, vous pensez généralement à :
rattraper un retard (une nouvelle réglementation, un outil imposé par l’IT) ou
soigner son CV (ajouter une ligne, cocher une case).
Mais la formation peut aussi changer la façon dont vous êtes perçu et donc ce à quoi vous avez accès dans votre organisation.
Je me suis formé au Legal Ops il y a quelques années, alors que j’étais encore en poste. Pas parce que ma directrice juridique me l’avait demandé. Elle était même sceptique sur l’intérêt des Legal Ops dans la boîte ou je travaillais 😎
Ce n’était pas non plus pour décrocher une promotion.
Mais parce que je voulais ne plus être perçu comme “le juriste” dans la salle, notamment par la DSI, qui ne voyait pas toujours d’un bon œil lorsqu’un juriste venait se mêler des sujets digitaux.
La certification Legal Ops (et l’étiquette Legal Ops dans mon intitulé de poste) a changé quelque chose de concret : elle m’a donné un cadre de lecture partagé avec des profils techniques et opérationnels. Les conversations ont changé. Ma légitimité dans certains projets aussi.
Je suis d’ailleurs devenu un des membres de la Core Team IA, aux côtés de….. 2 personnes de la DSI.
Je n’ai pas appris, juste pour apprendre. Je voulais faire évoluer mon positionnement.
C’est exactement ce dont Alexandre Verrien, Paola Otero et moi avons parlé dans notre webinaire sur la visibilité du juriste : les compétences ne servent pas à remplir un CV. Elles servent à construire une histoire cohérente, celle que vous racontez sur vous-même, à l’intérieur comme à l’extérieur de votre organisation.
Retrouvez le lien du webinaire juste ici 👇
Ce que la formation change vraiment
Si vous avez lu ma newsletter de mars sur la roadmap, vous savez que toute transformation commence par un état des lieux honnête.
Parmi les questions à se poser : quelles sont les compétences qui manquent pour tenir les chantiers identifiés ?
C’est là que la formation devient stratégique. Elle n’est plus un simple investissement générique dans “votre développement personnel”. Elle répond à un besoin que vous avez identifié.
Les directions juridiques doivent aujourd’hui dialoguer avec la DSI, les RH, la finance, parfois la DG. La gouvernance, la conformité, l’ESG ont intégré la sphère juridique. De même que de nouveaux outils ou de nouvelles méthodes de travail.
Maîtriser le droit ne suffit donc plus à rendre ces échanges fructueux. Ce qui aide, c’est de parler plusieurs langues dans l’organisation, comprendre les enjeux de ses interlocuteurs, leur logique, leurs contraintes.
Et heureusement, ça s’apprend. Ce n’est pas votre CV qui en sera le premier impacté. C’est votre quotidien, votre manière d’appréhender ces nouveaux enjeux, d’interagir avec les autres.
Il n’y a pas d’excuses
Facile à dire me direz vous. Ou à nouveau “je n’ai vraiment pas le temps”
Et là où je vais être direct : le temps n’est pas le seul frein. La vraie question, c’est souvent “par où commencer ?” et “quel format me correspond ?”.
La bonne nouvelle : les options sont nombreuses. Et l’une d’elles correspond forcément à votre réalité.
Les certifications et formations longues
Ce n’est pas l’option la plus simple. L’investissement est plus lourd aussi bien en temps et parfois en argent (jetez un petit coup d’oeil à votre compte CPF on ne sait jamais…). Mais avec une telle formation, le signal que vous envoyez est fort, à l’extérieur comme à l’intérieur.
En 2026, je m’y colle aussi. Green Belt Six Sigma, Certification PMP ou Executive Master en Transformation Digitale sont sur ma liste… il ne reste plus qu’à trancher. Car oui, pour le coup, je n’aurai pas le temps de tout faire.
Maintenant que Legal Jedi est une activité à 100%, c’est l’année où j’investis vraiment sur moi-même car les clients que j’accompagne méritent que je continue de progresser.
Les MOOCs et formations courtes
Accessibles, ciblés, sans contrainte d’agenda. J’ai suivi le MOOC RGPD de la CNIL (“L’Atelier RGPD”) à une période où le sujet devenait incontournable dans toutes les directions juridiques. Quelques heures, des ressources sérieuses, une compréhension opérationnelle du sujet. Difficile de trouver un meilleur rapport effort / valeur.
Je vous mets le lien vers l’Atelier 👇
En 2026, je commence avec une formation automatisation et IA à fond avec Jimmy Hababou !
Les formations intra-entreprise
Former une équipe ensemble, ce n’est pas la même chose que se former chacun de son côté.
Quand j’étais juriste chez Sienna, nous avons organisé une formation d’une demi-journée sur Legal Design avec Sihem Ayadi pour toute les équipes juridiques du groupe. Le but était d’éveiller la curiosité collective sur un sujet que peu connaissaient, et de créer un langage commun. Nous ne sommes pas ressortis experts bien sûr, mais cela a généré l’envie de creuser davantage le sujet chez certains ou une simple curiosité intellectuelle chez d’autres.
Résultat : des conversations différentes en interne. Des collègues qui ont commencé à questionner la façon dont ils présentaient leurs analyses ou documents. Une dynamique qui n’aurait pas émergé si chacun avait suivi la formation dans son coin.
Les réunions “tips & astuces” entre collègues
C’est le format le plus sous-estimé. Et probablement le plus accessible.
L’idée est simple : bloquer une heure par mois, désigner soit quelques personnes pour préparer deux ou trois pratiques utiles à partager ou choisir un thème central (astuces Microsoft, raccourcis clavier) sur lequel chacun interviendra
un raccourci méconnu dans l’outil contractuel
une façon de structurer un avis juridique
une méthode pour prioriser les demandes entrantes
une séance spéciale raccourcis clavier (vous n’imaginez pas le ROI)
Alternez bien les participants et les sujets. Cela permet de créer une dynamique, un engagement et que chacun se sente plus à l’aise à un moment ou un autre.
Ce que ça fait : ça fait circuler les bonnes pratiques qui restent sinon dans la tête d’une seule personne. Et ça révèle parfois des talents que personne ne soupçonnait.
Vous pouvez aussi aller un cran plus loin avec une “boîte à tips” sur l’intranet: un espace partagé où chacun dépose ses astuces au fil du temps. Pas besoin de budget, pas besoin d’outil sophistiqué. Juste un peu d’organisation et de culture du partage.
C’est exactement ce dont je parlais dans la newsletter de février : l’intelligence collective ne se décrète pas. Elle se crée, avec des formats simples et réguliers.
Ce qu’on incarne, pas ce qu’on sait
Attention, se former ne garantit rien. Ni gloire, ni succès ni prime. On peut accumuler des certifications et continuer à être perçu comme avant si rien ne change dans la façon d’agir, de prendre de la place, de contribuer.
Mais ne pas se former, dans un environnement qui change, c’est accepter de rester là où on est pendant que les attentes, elles, avancent.
Ce qui reste, au fond, ce n’est pas la liste de ce qu’on a appris. C’est ce qu’on a réussi à faire avec les projets qu’on a portés différemment, les conversations qu’on a pu avoir, les problèmes qu’on a su résoudre là où on ne nous attendait pas.
La formation ne remplit pas (que) votre CV. Elle élargit ce que vous êtes capable d’incarner.
Que la Force du Legal Ops soit avec vous 🚀
Et vous, quel est votre prochain chantier formation ?
✅ Ressources utiles
Je vous partage ici toutes les formations que j’ai suivi pour construire mon chemin, mon parcours:
CS50 for lawyers: une très bonne introduction aux sujets d’algorithme, de cybersécurité, de langage de programmation
Certification Legal Ops EDHEC: une des seules certifications Legal Ops française. Le niveau 1 est en version digitale (14h environ) et le niveau 2 est en présentiel (2j + soutenance d’un cas pratique)
Certification Legal Design EDHEC / Juridy: pour acquérir les bases du Legal Design
Intelligence artificielle générative par Le Juriste de Demain: ma première sur l’IA quelques mois après la sortie grand public de Chat GPT
Maitriser l’IA générative appliquée au droit (Benjamin Allouch): un format en petit groupe, très orienté pratique et un formateur au top
Déontologie du juriste d’entreprise (AFJE): parce que c’est quand même pas mal de comprendre les règles de l’environnement dans lequel on travaille



Merci Quentin pour cette newsletter ! Je cherche justement une nouvelle formation, notamment sur le legal design.