Vivatech 2026 - Au coeur du monde de demain
L'IA et nous: de l'observation à la collaboration
Pour ce jeudi 18 juin, j’avais deux options pour partir à la découverte de l’innovation :
Le LegalTech Talk à Londres
Ou Vivatech à Paris
Mon choix s’est tourné vers l’alternative française et j’avoue un peu moins coûteuse d’aller passer la journée à Vivatech comme l’an dernier, mais sans mes deux padawans cette fois-ci 😢




Et c’est donc en tant que média (la classe hein 😎) grâce à vous, la communauté de la newsletter et du podcast, que j’ai pu parcourir les allées et les conférences de cet évènement incroyable !
Récit d’une journée hors normes, aux 15 000 pas et 35° de moyenne 🥵 Heureusement, j’ai eu la chance de croiser ma chère Daria Viktorova dans le Media Lounge !
Un changement de point de vue
Si je devais ne retenir qu’une chose de cette journée, c’est la suivante : le rapport entre l’IA et l’humain a radicalement changé depuis l’année dernière.
L’an dernier l’IA était déjà présente sur le salon, bien entendu, à des degrés plus ou moins importants selon les domaines. Mais on était encore beaucoup dans l’observation, dans l’éblouissement face à cette technologie fraîchement arrivée dans nos vies (même si elle existe depuis bien longtemps, mais je ne vais pas revenir sur l’histoire de l’intelligence artificielle maintenant).
On était admiratifs de ce que l’IA était capable de faire.
Mais cela sous-entendait une séparation entre l’IA et l’humain. D’un côté l’humain était capable de faire ci et ça, tandis que de l’autre l’IA était capable de faire X ou Y.
Cette année, on a changé de point de vue. On passe de l’observation, du regard extérieur à la collaboration, à la co-création, à l’intégration.
Corine de Bilbao, CEO France de Microsoft, l’a parfaitement résumé lors de la conférence “AI that pays off: what separates AI leaders from the rest” à laquelle j’ai assisté. Elle a expliqué qu’avant nous disions “Look what AI is doing” tandis que maintenant nous disons “Look what I am doing with AI”.
Et cette différence de point de vue est en fait un changement radical dans notre manière d’aborder l’IA.
Quel que soit le domaine d’activité, nous ne nous contentons plus d’observer ce que l’IA est capable de faire (nous avons compris que ses capacités sont énormes) mais nous cherchons la meilleure façon de l’intégrer dans notre quotidien, avec nous, à nos côtés.
Pour les professionnels du droit que vous êtes, que nous sommes, on est passé de la délégation de tâches comme revoir un contrat, traduire une clause, analyser des conclusions, etc à la création de collaborateurs digitaux, sous la forme d’agents qui connaissent nos méthodes de travails, nos outils et nous accompagnent donc tout au long de notre travail.
Le glissement est discret, mais il change tout. Avant, la question c’était « qu’est-ce que cette techno sait faire ? ». Maintenant, c’est « qu’est-ce que j’en fais, moi, sur mes dossiers ? ». On passe de spectateur à pilote.
Et c’est une bonne nouvelle. Parce que cette bascule ne dépend pas (nécessairement) de votre budget. Co-construire avec l’IA, c’est lui transmettre votre façon de travailler : vos modèles, vos réflexes, votre tolérance au risque. Pas besoin de signer pour le dernier outil à la mode. La question n’est plus QUOI (c’est à dire quel outil) mais COMMENT (c’est à dire comment optimiser le ou les outils dont je dispose ou que je peux acquérir).
Un petit bémol, quand même 😇 Pour qu’un agent travaille vraiment à vos côtés, encore faut-il que votre propre méthode soit claire. Si votre process est un sac de nœuds, votre droïde héritera du sac de nœuds. L’IA ne range pas la maison à votre place, elle apprend à vivre dedans.
De la productivité à la création de valeur
Avec ce changement de point vue apparait également une nouvelle finalité dans l’utilisation de l’IA.
Ces dernières années, depuis la mise à disposition au grand public de Chat GPT, on parle d’une chose: la PRODUCTIVITE !
On ne les compte plus les posts LinkedIn et les articles expliquant comment l’IA fait gagner X heures sur la production d’un contrat, la négociation d’un deal ou encore l’analyse de documents dans une due diligence.
Je crois qu’on a tous compris le principe: l’IA nous fait gagner du temps ! A condition, encore une fois, de lui apporter les bonnes conditions (process, données, etc) pour atteindre ce gain de productivité.
Mais alors, on fait quoi de tout ce temps gagné ⁉️
Et c’est là que j’ai observé une autre grande évolution par rapport à l’an dernier. Peu de conférences portaient sur la productivité. En revanche, beaucoup étaient portées sur la création de valeur !
Car il est là le sujet maintenant. Comment créé davantage de valeur avec le temps gagné ? Comment nous humains, qui avons délégué une grande partie des tâches chronophages à l’IA, pouvons mettre en lumière notre valeur ajoutée.
La réponse, je ne l’ai pas trouvée dans une conférence en particulier lors de cette journée. C’est en échangeant régulièrement avec des avocats, des juristes que j’ai pu observé et comprendre comment créer de la valeur.
La première piste : votre valeur remonte en amont. Tant que vous passiez vos journées à produire des contrats et à éplucher des due diligences, vous arriviez après la bataille. On vous appelait pour sécuriser une décision déjà prise. Le temps que l’IA vous rend, c’est le temps d’être dans la pièce d’avant. Au moment où le métier réfléchit à son deal, pas trois semaines plus tard quand tout est verrouillé et qu’il ne reste qu’à signer.
Il y a aussi tout ce que l’IA ne sait pas faire. Lire un silence dans une négociation. Sentir qu’un dirigeant ne signera jamais cette clause, pour des raisons qui ne sont écrites nulle part. Arbitrer un risque en connaissant l’appétence réelle de l’entreprise, son histoire, sa relation avec ce client précis. Aucun agent ne fera ça à votre place. C’est du jugement, pas du traitement.
Et pour beaucoup d’entre vous, les avocats et les petites structures en particulier, la question est plus brutale qu’elle n’en a l’air. Si l’IA banalise la production du livrable, sur quoi facturerez-vous demain ? Quand un contrat se génère en trois minutes, votre client ne paie plus le contrat. Il paie ce qu’il y a autour : votre conseil, votre capacité à anticiper, le fait qu’il puisse vous appeler avant de signer une bêtise.
C’est à la fois inconfortable mais c’est aussi une forme de libération. Pendant des années, on a collé au juridique l’étiquette de la fonction du « non » : celle qui ralentit, qui exécute, qui arrive en bout de chaîne. Le temps repris sur les tâches chronophages, c’est l’occasion de revenir à ce pour quoi on a choisi ce métier.
L’importance de la formation et des compétences
Sauf qu’on ne passe pas du producteur de contrats au stratège qui crée de la valeur en claquant des doigts. Il y a un préalable, et il n’est pas négociable : se former.
On croit souvent qu’utiliser l’IA, c’est intuitif. On ouvre une fenêtre de chat, on tape sa question, et hop. Sauf que la maîtriser vraiment, ça demande du temps et de la pratique. Tester, recommencer, se planter, ajuster. Comprendre ce que l’outil sait faire et repérer les moments où il vous raconte n’importe quoi avec un aplomb déconcertant. C’est à force de répéter l’exercice qu’un gadget impressionnant devient un vrai allié de travail.
Et c’est exactement ce que j’ai vu à Vivatech. Des étudiants. Beaucoup. Vraiment beaucoup. Pour eux, l’enjeu est double. L’IA fait déjà partie de leur quotidien. Ils n’ont pas ou peu connu le monde d’avant, sans IA. Et quel que soit le métier qu’ils choisiront, ils devront composer avec ces outils. Alors ils viennent. Ils testent, ils posent des questions, ils se familiarisent. Pendant que certains professionnels installés hésitent encore à ouvrir ChatGPT.
Mais cette génération soulève une vraie question, et plusieurs conférences s’y sont attaquées.
Si l’IA fait désormais ce qu’on confiait au junior comme la recherche, la première version d’un contrat, le résumé d’une décision, il reste quoi pour lui ?
Un écart est en train de se creuser. D’un côté, les seniors expérimentés : ils ont délégué à l’IA tout ce qui était chronophage et à faible valeur, il leur reste le jugement, l’expérience, la valeur ajoutée. De l’autre, les jeunes diplômés qui débarquent et veulent faire leurs preuves sauf que ce qu’on leur demandait pour ça, hier, la machine le fait aujourd’hui. Le junior, c’était un peu le padawan : il apprenait en répétant les gestes de base, encore et encore, avant d’en saisir le sens. Si ces gestes sont faits à sa place, par où passe l’apprentissage ?
La réponse passe forcément par les outils, eux aussi. Mais avec une autre posture. Aujourd’hui, un jeune diplômé en droit ne peut plus se contenter de dire « j’ai tel et tel master ». Ça ne suffit plus. Il doit pouvoir montrer qu’il a déjà travaillé avec tel outil, qu’il sait faire un peu de legal engineering, qu’il maîtrise telle IA juridique. C’est devenu une condition d’entrée. Et c’est là, justement, que commence sa valeur.
Et si vous recrutez ou formez des juniors, la question est aussi la vôtre : comment transmet-on un métier quand l’échelon par lequel on débutait a disparu ?
Une journée présidentielle
Ce jeudi 18 juin, c’était aussi la journée de visite du président de la république, Emmanuel Macron au salon Vivatech.
Pas de conférence comme l’an dernier, mais un passage dans les allées du salon pour découvrir les innovations et les innovateurs.
Pour l’anecdote, il n’y avait donc pas de partie dans le programme où le président apparaissait et ce n’est qu’en demandant au staff du salon que j’ai appris qu’il allait passer prochainement (ce mot est important, vous allez comprendre pourquoi).
Je vois donc au niveau 1 du salon se créer un espace sécurisé et plusieurs hommes au costume bien taillé et à l’allure de garde du corps s’agiter. Ni une ni deux, je file vers cette zone pensant apercevoir le président.
On ne fera pas de débat politique dans cette newsletter, ce n’est quand même pas tous les jours que l’on peut croiser la président de la république (en tout cas, perso, c’était la première fois).
Sauf que ce “rapidement” s’est transformé en une attente de presque 1h30 pendant laquelle nous avons espérer, désespéré, été bousculés, déplacés, tassés comme des sardines pour quand même au bout du compte le VOIR


On termine en légèreté
Vivatech, en dehors des questions de posture vis-à-vis de l’IA, de la création de valeur, c’est aussi une formidable occasion de s’émerveiller devant des innovations et des robots plus impressionnants les uns que les autres.
Je vous propose donc de terminer cette édition spéciale avec des images de ces engins surprenants:
Les robots danseurs
Les robots danseurs, version compagnon pour enfants
Le robot éducatif, made in France (déjà vendu à +4,000 exemplaires à l’éducation nationale)
Voilà, clap de fin pour cette édition spéciale Vivatech 2026 !
Avec un peu de chance, l’an prochain le Legaltech Talk ne tombera pas en même temps et je pourrai assister aux 2 évènement pour pouvoir vous faire 2 éditions spéciales 😎
Je ne serai malheureusement pas non plus au Legal Innovators Europe à Paris les 24 et 25 juin prochains (10 ans de mariage, ça passe avant non ? 💖)
En revanche, je serai bien présent, avec même un stand Legal Jedi à
La convention Nationale des Avocats du 23 au 26 octobre à Toulouse
Au RDV des Transformations du Droit du 24 au 25 novembre à Paris



